Beni Ouarain : de l’Atlas à nos maisons

Patrimoine de l’artisanat du Moyen Atlas marocain, le tapis Beni Ouarain est désormais partout. Sur Pinterest, dans les pages des magazines déco, dans le salon de vos amis… En quelques années seulement, il est devenu incontournable aux quatre coins de la planète. Aujourd’hui, on vous dit tout sur celui que Matisse appelait le « Géant Blanc ».

L’Histoire du tapis Beni Ouarain

Dans le Moyen Atlas marocain, une vingtaine de tribus aux noms particulièrement originaux produisent actuellement des tapis traditionnels. Parmi celles-ci, on retrouve notamment les Beni Yacoub, les Beni Sadden mais aussi les Marmoucha. Chaque tribu tisse avec son propre style, ses symboles, ses ornementations… Bref, avec sa petite touche personnelle.

Ces traditions perdurent dans les zones rurales montagneuses depuis la nuit des temps, et c’est justement dans ces régions que l’on retrouve les plus beaux modèles de tapis. A l’inverse cependant des tapis en provenance du Haut Atlas, les Beni Ouarain des tribus Imazighen dans le Moyen Atlas sont produits dans une laine beaucoup plus épaisse – dont la qualité a propulsé la réputation du Beni Ouarain au rang mondial. Du fait de cette laine plus épaisse, le toucher est plus « rustique » aussi. Ce choix n’est pas le fruit du hasard : cette tribu, dont le nom signifie « peuple libre », tissait ces tapis pour pouvoir se protéger du froid pendant l’hiver, et recouvrir si possible l’ensemble de la famille. C’est pour cette raison que les Beni Ouarain sont originellement très grands, certains atteignant presque les huit mètres de long.

Ce sont généralement les femmes qui tissent, tandis que les hommes s’occupent de l’élevage des moutons. Les motifs géométriques qu’elles font apparaître de manière intuitive sur cette toile ivoire, appelés Taâoullite (araignée) ou Tassiwante (faucon), évoquent leur histoire toute entière ! Des croyances aux rites en passant par la dualité de l’existence à d’autres symboles dont elles seules ont le secret, comme le X qui symbolise la paix et l’harmonie par exemple. Symboles qui s’inspirent d’ailleurs aussi de leurs tatouages aux henné…

C’est un savoir-faire qui se transmet de mère en fille depuis des générations entières – et c’est parce qu’elles tissent uniquement de mémoire que le rendu est asymétrique, unique, si parfaitement imparfait. A noter que les deux couleurs que l’on retrouve principalement sur les Beni Ouarain sont 100% naturelles : le blanc provenant de la laine se trouvant sur le corps de l’animal tandis que le brun provient de celle se trouvant sur sa tête.

Des montagnes de l’Atlas aux salons du monde entier

C’est Prosper Ricard, directeur des arts indigènes au Maroc de 1920 à 1935, qui initie la tendance en développant une industrie artisanale marocaine. Très vite, les Beni Ouarain connaissent un certain succès à l’export. En quelques temps, la filière du tapis marocain jouit d’un essor monumental – malheureusement essentiellement à des fins commerciales… Les tribus tissant ces merveilles profitant bien maigrement du pactole.

La toute première exposition d’objets anciens se tient en 1915 dans la ville de Fès. Ricard et ses comparses ont de grands projets… Et leur ambition finissent par porter leur fruit : Paris reprend le flambeau deux années plus tard au pavillon de Marsan. Le succès est clairement au rendez-vous, l’artisanat marocain est propulsé au rang du design international.

En 1923, le Corbusier utilisent des Beni Ouarain pour le design de la Villa La Roche. Matisse marquent les esprits en les rebaptisant les « Géants Blancs », tandis que l’architecte Frank Lloyd Wright succède à Le Corbusier en s’équipant lui aussi des fameux tapis dans sa maison en Pennsylvanie.

Très vite, des célébrités connues dans le monde entier s’arrachent ce nouveau morceau de laine à la mode : Yves Saint Laurent ou encore Cindy Crawford, dont le salon a été redécoré par Michael Smith autour d’un Beni Ouarain. Les prémices du phénomène qui verra le jour quelques décennies plus tard sur Instagram…

Le must have de la décoration Scandinave

Ce sont très probablement les lignes épurées et minimalistes, parfaitement intégrées à la décoration scandinave, qui ont généré autant d’engouement autour du Beni Ouarain. Et qui font qui aussi de lui un « objet » intemporel, toujours aussi populaire à l’heure actuelle. Son design tout en simplicité et son aspect soyeux bien sûr remplissent tous les critères. Mais aussi sa touche ethnique, qui fait sensation dans les maisons occidentales.

Face à cet engouement, beaucoup se sont cependant accaparés le phénomène et c’est pourquoi on entend souvent parler de récupération culturelle. Bien sûr, les avis divergent… Mais il n’empêche qu’on ne peut soustraire à ces tapis leur identité d’origine, qui est bien évidemment berbère marocaine. C’est pourquoi il est si important de connaître exactement le circuit du tapis qu’on achète, qui pour la plupart passe par des coopératives éthiques (comme c’est notre cas) dont le travail se fait dans les règles de l’art et en rémunérant les tisseuses de manière juste pour le travail laborieux qu’elles effectuent.

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