Tapis Amazigh, l’Art rupestre et féminin des tisseuses de l’Atlas

Pendant des siècles, de petites communautés d’artisans vivant dans des coins reculés du Maroc ont tissé à la main des tapis uniques. Cette tradition s’est miraculeusement perpétuée jusqu’à nos temps modernes.

À l’origine de ce travail phénoménal, un matériel brut et indispensable : la laine. Dans certaines régions comme l’Ait Aouzguit, cette laine est sacrée. Son travail se fait de façon minutieuse et dans le respect le plus total, du tout premier nœud qui commence le tissage (et que les tribus appellent “le noeud berbère”) aux franges qui le terminent. C’est d’ailleurs pour cette raison que les tapis marocains authentiques ne possèdent les franges que d’un seul côté. Il faut savoir que l’allure du tapis n’est jamais prémédité : la femme qui tisse suit son intuition et non un modèle comme on le fait avec les tapis orientaux. Parce qu’ils sont faits à la main du début à la fin, la qualité de leur laine est exceptionnelle – là où les machines détériorent nettement celle-ci.

Les trois couleurs de base s’obtiennent à l’aide d’ingrédients naturels. Le rouge, par exemple, provient des racines d’une plante (la Rubia), tandis que le jaune provient du Lichen ou encore du Réséda… Le bleu s’obtient également à partir d’une décoction de plusieurs végétaux. Pour toutes les autres couleurs, les artisans mélangent ces trois préparations jusqu’à trouver la teinte recherchée. C’est donc aussi de la chimie avant d’être de l’Art !

Les femmes berbères qui tissent ces tapis tiennent à ce que leur tradition reste en vie le plus longtemps possible. Et si vous avez l’occasion un jour de croiser l’une d’entre elles, elle vous dira que dans son village tout le monde possède au moins un tapis chez lui. Le contraire serait un manque de respect envers la communauté, qui perpétue cet art depuis des millénaires… Il faut savoir aussi que ces femmes apprennent à tisser en observant leurs mères, leurs tantes, leurs sœurs… qu’elles voient à l’oeuvre des années durant. On ne leur apprend jamais à faire, elles ne font qu’observer, puis finissent par reproduire ce qu’elles ont toujours vu.

Les femmes ne font pas que tisser, elles s’approprient le métier à tisser qui leur offre alors un espace de liberté pour créer sans limite. Outre un savoir-faire inégalable, leurs ouvrages témoignent d’un langage rupestre, une puissance archaïque et primitive ayant traversé les âges. On y retrouve des motifs tribaux décrivant leur lien à la nature, la force du féminin, mais aussi des thématiques comme la dualité et plus particulièrement la relation homme / femme… Ce sont aussi des symboles de fertilité.

À l’époque, le métier à tisser était perçu comme un être à part entière, vénéré mais aussi craint. Lorsqu’il était vide, on disait qu’il était “mort”… Mais tant que les fils étaient tendus, on disait qu’il était vivant. Les hommes n’avaient d’ailleurs pas le droit de l’utiliser. Quand le moment était venu de retirer le tapis du métier, les femmes se mettaient à chanter. De cette façon, elles célébraient la mort symbolique de leur métier à tisser, dont elles devaient faire alors le deuil.

Pour ces femmes, le plus grand accomplissement consiste à terminer un tapis – qu’elles font parfois à deux pour aller plus vite. Ainsi, elles perpétuent une tradition qui existe depuis plus de cinq millénaires et que nombreux ont tenté de reproduire. Mais force est de constater que ces tribus sont devenues maîtres de leur art…

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